CAPHARNAÜM - DRAME

Capharnaüm est un film dramatique libanais écrit et réalisé par Nadine Labaki, sorti en 2018. Le film est en sélection officielle au Festival de Cannes 2018. Trois fois primé, il reçoit le Prix du Jury, le Prix du jury œcuménique et le Prix de la citoyenneté

Durée : 2h03

Date de sortie  : Mai 2018

De : Nadine Labaki

Avec : Zain Alrafeea et Nadine Labaki

Genre : drame

Nationalité :  Libanais

Distribution
 

Critique Télérama -  Guillemette Odicino

Dans ce troisième long métrage, la réalisatrice libanaise suit un gosse des rues de Beyrouth, en rage contre les adultes. Grâce à l’interprétation de ses incroyables enfants acteurs, Nadine Labaki réussit un superbe mélo.

C’est l’histoire d’un enfant qui n’existe pas. Zain, 12 ans, n’a pas de papiers, n’a jamais été déclaré par ses parents. Dans les rues de Beyrouth, ce maigrichon au visage boudeur mendie ou vend n’importe quoi pour rapporter quelques centimes à ses géniteurs qui l’exploitent et lui gueulent dessus. Zain est en colère contre eux : pourquoi l’ont-ils mis au monde s’ils n’ont pas les moyens de l’aimer ? Surtout, il s’est donné comme mission de protéger sa sœur de 11 ans, Sahar, car il sent bien qu’elle pourrait être donnée en mariage au plus offrant. Zain n’est pas au bout de ses peines, et de sa colère...

Dans ce Capharnaüm, il y a trop de musique et un montage en flashback inutile, mais cela n’a aucune importance car ce film est un torrent d’énergie qui emporte tout sur son passage, y compris ses propres défauts. Pour son troisième film, Nadine Labaki (révélée à Cannes, en 2007, avec Caramel) réussit un superbe mélo sur l’enfance en puisant à la source documentaire. Ici, hélas, on le voit, on le sait, tout est vrai, et les acteurs non professionnels ont vécu des histoires équivalentes. La mise en scène épouse les mouvements de Zain, la petite boule de nerf, qui marche dans ces rues de poussière sans s’arrêter, même quand il explique à sa sœur comment cacher qu’elle a ses règles (et, donc, qu’elle est bonne à marier…). Ce mouvement perpétuel est aussi une manière, pour lui, comme pour la réalisatrice, de laisser certains drames hors champ ou de ne pas s’y attarder.

Au cœur du film, une idée délicieuse : Zain se retrouve en charge du bébé d’une clandestine éthiopienne. Il trimballe cette petite fille, se débrouille pour la nourrir, ne veut pas l’abandonner. C’est le Kid de Chaplin qui veille sur encore plus petit que lui…

Dans le rôle de ce gosse qui se débat dans le grand bazar de la misère, et demande des comptes aux adultes, Zain Al Rafeea, réfugié syrien de 14 ans repéré dans la rue, est hallucinant, petit visage buté, regard noir qui a perdu sa candeur. Un des meilleurs acteurs de ce festival.

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